Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 16:58




Socialisation et anorexie sont elles compatibles ? Je ne parle pas au nom de toutes les anorexiques, mais je parle en mon nom.
En ce qui me concerne, l’anorexie a provoqué un véritable paradoxe chez moi. Ayant perdu une dizaine de kilos (avant que ce ne soit vingt...) , j’étais fier de mon corps. J’avais envie de fréquenter le plus de monde possible pour exhiber ma nouvelle shilouette svelte, pour que l’on m’envie, que l’on me regarde, que l’on me complimente. Pour autant mes relations sociales ne s’en sont pas trouvé changées. En fait, l’anorexie m’a plongé dans une relation unique entre mon corps et mon mental. Une relation malsaine puisqu'elle était basée sur le contrôle du premier par le deuxième.
 Le paradoxe résidait dans le fait que j’avais un besoin terrible d’affection, mais qu’en même temps le contact de l’autre m’horrifiait par crainte de dévalorisation. J’avais également peur que les autres me fassent grossir.
Un jour, j'étais avec une fille de ma promo d’histoire à la projection du film Troie, commentée par notre prof de grec.
Pour la séance ma camarade avait amené un énorme paquet de bonbon.
Lorsqu’elle m’en proposa je refusais catégoriquement. Elle me dit en plaisantant que j’avais raison de surveiller ma ligne. Cette remarque et cette situation furent insupportables pour moi, et je réagis avec agressivité en lui répondant que je faisais bien ce que je voulais.




Dès lors toutes mes relations avec les autres se trouvèrent réduites à la peur suivante : la peur que l’on me propose de grignoter, la peur de grossir à cause des autres. Je craignais aussi que l’on me fasse des réflêxions sur ma manière de manger. Tout tournait autour de la bouffe, encore et toujours.
Qui plus est, ANA me donnait cette auto suffisance ( la puissance de maigrir et donc d’être au dessus du lot), cette surrestime du moi illusoire, qui devait déplaire à plus d’une personne.
En fait ANA m’avait rendu asociale bien qu’au départ ce n’est absolument pas ce que je voulais.
Asociale auprès de ma famille tout d’abord, notament auprès de ma mère. J’étais un véritable démon. Je la suivais partout en course, surveillant le moindre plat qu’elle achetait du point de vue de la composition énergétique. J’étais toujours a à ses côtés lorsqu’elle faisait la cuisine car je craignais qu’elle me fasse grossir à mon insu.
Ma mère a fini par craquer et finalement, je ne mangeais plus comme ma famille mais adaptais ma nourriture à mon régime stricte.
Je devins egalement asociale auprès de mes oncles, cousins et grand-parents qui s’inquiétaient de ma maigreur et à qui je disais de me laisser en paix. En fait j’aurais voulu que l’on m’accepte ainsi : maigre, rachitique, car dans mon esprit c’est les autres qui me renvoyaient une image déformée de mon corps. Ils déclaraient que j’étais maigre et moi je me voyais fine. Ce qui débouchait automatiquement sur un sujet de dispute.

Pour lutter contre la faim, j’occupais egalement mon esprit par un nombre incalculable de lecture, de sortie et de marche. Il n’y avait donc  aucune place pour quelqu’un d’autre que ANA. Elle était ma seule et unique amie. Celle qui me montrait le chemin à suivre pour être toujours ‘plus performante’.

Quant aux garçons, je voulais leur plaire mais de loin. Je prenais grand soin de mon apparence , affichais une assurance exagérée  mais me fermais comme une huitre dès que l’un d’entre eux s’approchait de trop près. Seul mon ami Benjamin parvint à m’apprivoiser un peu à la fac mais nos fréquentations furent très espacées dans le temps .
J’avais peur de l’amour autant que de l’amitié en fait, car je savais qu’une relation qu’elle qu’elle soit à long terme entraînerait inévitablement  la découverte de failles chez moi, enclanchant ainsi un processus de remise en question et donc de dévalorisation. Ce qui n’était pas même concevable pour moi, puisqu’en étant devenu maigre, en rentrant dans du trente quatre, j’avais l’illusion d’avoir atteint un certain statut, qui me plaçais au dessus du lot.

Pour moi, l’ anorexie rend donc profondément asociale, pas forcément parce qu’on le veux, mais parce que la maladie ne nous en laisse absolument pas le choix.

 

 

Par Douchienka - Publié dans : Anorexie
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